Ponction lombaire : exécution
et analyse du L.C.R.
par Nathalie Chambon* et Jean Michon**
* pharmacienne
** médecin.
Il s'agit d'un geste simple dont il faut maîtriser
la technique, les indications et les risques, pour le diagnostic des méningites
et de la trypanosomose.
I. Rappel d'anatomie et de physiologie
Le LCR (liquide céphalorachidien) est un liquide
clair, sécrété dans les ventricules cérébraux.
Il circule et passe dans les espaces méningés de la base
du crâne où il est réabsorbé. Il circule également
dans les espaces méningés situés autour de la moelle
épinière, à l'intérieur du canal formé
par l'empilement des vertèbres. L'étui méningé
qui contient le LCR descend jusqu'à la deuxième vertèbre
sacrée (S2) alors que la moelle s'arrête à la deuxième
lombaire (L2). Il est ainsi possible de recueillir avec une aiguille le
LCR entre L2 et S2, sans risque de toucher la moelle. On pique le plus
souvent entre L4 et L5, mais on peut très bien piquer également
un espace en dessous ou un à deux espaces au-dessus.
Le LCR est au contact du cerveau et de la moelle
épinière. Sa composition est modifiée dans de nombreuses
maladies neurologiques. Ainsi au cours des méningites, le LCR subit
des modifications biochimiques (glucose, albumine) et renferme des micro-organismes
(bactéries, virus ou parasites).
Il. Indications
-
Syndrome méningé
-
Comas, surtout fébriles, tableaux cliniques évoquant
une maladie du sommeil ou une hémorragie méningée.
Tout syndrome méningé nécessite
une ponction lombaire
III. Contre-indications
Il faut bien savoir les reconnaître.
-
L'hypertension intra-crânienne : elle est marquée
comme la méningite par des maux de tête et des vomissements,
mais elle est souvent non fébrile et apparue progressivement. Le
fond d'oeil, fait autant que possible avant toute ponction lombaire (PL)
chez l'adulte, permet d'en faire le diagnostic car il montre un oedème
de la pupille.
-
Si l'on suspecte un mal de Pott (tuberculose vertébrale),
on ne doit pas faire une PL, car l'aiguille risque d'entraîner des
bacilles dans les méninges.
-
L'existence d'un syndrome hémorragique (saignements
diffus) contre-indique également la PL qui pourrait provoquer une
hémorragie méningée.
IV. Technique
-
Il faut être au moins deux, l'aide maintenant
le patient en bonne position.
-
Le matériel doit être parfaitement
stérile, si possible à usage unique ; on utilise en général
des aiguilles spéciales, à biseau court et à
mandrin. Si elles ne sont pas à usage unique, elles doivent être
soigneusement stérilisées après nettoyage, entre chaque
usage. Si l'on ne possède pas ces aiguilles, on peut à la
rigueur utiliser une aiguille à injection intramusculaire de gros
calibre et à biseau court.
-
Asepsie : avant de piquer, il faut se laver les
mains à l'eau et au savon en se brossant les ongles, et se désinfecter
à l'alcool à 90° et ensuite mettre des gants. On badigeonne
la peau du malade à l'alcool iodé largement autour du point
de ponction, afin d'éviter tout risque d'infection due à
la PL. Les doigts de l'opérateur sont également désinfectés
à l'alcool iodé.
-
Position : le patient, de préférence
à jeun, doit présenter un dos le plus rond possible afin
que l'on n'ait aucune peine à passer l'aiguille entre deux épineuses.
Il est installé :
- soit assis, courbé en avant (en s'enroulant
par exemple autour d'un oreiller comme sur la figure), les jambes pendantes,
- soit couché sur le côté, cuisses
bien fléchies sur l'abdomen et tête fléchie.
Cette dernière position est préférée
chez un malade en mauvais état général, ou si l'on
n'a pas les moyens de s'assurer que le fond d'oeil est normal.
Quelle que soit la position choisie, l'aide maintient
fermement le patient dans celle-ci afin d'éviter toute blessure
intempestive due à un mouvement de recul.
-
Repères : l'espace inter-épineux
L4-L5 se repère en traçant une ligne horizontale entre les
deux crêtes iliaques.
-
Mise en place de l'aiguille : après avoir
vérifié que le mandrin coulisse bien, on repère l'espace
avec le doigt désinfecté à l'alcool et l'on enfonce
l'aiguille entre les deux épineuses allant un peu vers le haut,
mais en restant sur la ligne médiane. On traverse ainsi la peau,
le tissu sous-cutané, le ligament interépineux et le ligament
jaune qui présente une certaine résistance. On s'arrête
juste après avoir vaincu cette résistance : l'extrémité
de l'aiguille est dans l'espace sous-arachnoïdien.
Recueil du LCR : il se fait dans des tubes
stériles.
-
On retire alors le mandrin. Le LCR coule en gouttes
rapprochées. En cas de méningites, il est souvent hypertendu
et coule en jet. Si rien ne vient on peut retirer très doucement
l'aiguille en la tournant un peu. On peut aussi, si l'on pense ne pas être
assez loin, enfoncer plus, après avoir remis le mandrin.
-
On peut augmenter la pression du LCR (et donc le débit)
en appuyant sur le ventre du patient ou en lui comprimant les jugulaires.
-
Il ne faut en aucune façon aspirer à la
seringue.
-
Le liquide est recueilli dans deux tubes. On prend environ
5 cc pour un adulte, 3 cc chez un enfant (deux fois quinze gouttes).
-
Le prélèvement fait, on remet le mandrin
et on retire l'aiguille rapidement, puis on frotte vigoureusement le point
de ponction avec un coton alcoolisé pour éviter que le LCR
continue de s'écouler. Puis on met un petit pansement stérile.
Le malade doit ensuite rester couché sur le dos, à plat strictement,
pendant plusieurs heures (au moins quatre heures).
V. Incidents et accidents
Il y a peu d'ennuis à redouter si toutes les
précautions sont respectées.
- Au passage de l'aiguille, on peut toucher une racine
nerveuse. Cela déclenche des douleurs en éclair dans les
jambes. Il faut retirer l'aiguille.
- La ponction peut être blanche : ne pas ramener
de liquide. Il faut essayer un ou deux espaces plus haut.
- Un ennui fréquent, sans gravité mais
gênant pour l'examen du LCR est la piqûre d'une veine : du
sang rouge coule dans le tube. Il est alors capital de savoir faire la
différence entre la piqûre d'un vaisseau et une véritable
hémorragie méningée.
Dans le premier cas, le liquide s'éclaircit
progressivement et le sang coagule en masse. Si, au contraire, le liquide
reste uniformément rouge ou rosé et ne coagule pas, c'est
une hémorragie méningée et il faut prélever
très peu de liquide (cf. schéma ci-contre).
En pratique, si on a la malchance d'avoir du sang,
il vaut mieux retirer l'aiguille rapidement et repiquer un espace plus
haut. La piqûre vasculaire est assez fréquente chez l'enfant
Le seul accident grave est l'engagement du tronc
cérébral dans le trou occipital s'il y avait une hypertension
intra-crânienne et que l'on ait fait la PL par erreur. Cela se traduit
par des céphalées atroces, des troubles de conscience, une
hypertonie des membres et des troubles cardiorespiratoires pouvant entraîner
la mort. Il faut rapidement coucher le malade la tête en bas.
VI. Résultats
A. En l'absence de laboratoire, l'aspect du
liquide est très important à noter immédiatement.
Si l'on constate qu'il est légèrement ou franchement trouble,
il s'agit d'une méningite purulente. Dans les cas difficiles, on
peut comparer le tube de liquide prélevé avec un tube rempli
d'eau pure examinés devant une surface blanche (drap, blouse). Un
liquide clair élimine une méningite purulente.
Dans certains cas, il est important d'adresser le
prélèvement à un laboratoire pour reconnaître
les germes. Ceux-ci sont fragiles et le transport doit durer moins de 6
heures, à la température ambiante ou mieux dans une boite
isolante contenant une bouteille d'eau très chaude.
B. Si l'on dispose d'un laboratoire, trois
types de renseignements peuvent être recherchés
1. Biochimiques
Il faut un appareillage coûteux et complexe
(photomètre) en général réservé aux
grands hôpitaux. Normalement l'albumine ne dépasse pas 0,25
g/l (elle est augmentée en cas de méningite), le glucose
ne descend pas au-dessous de 0,5 g/l (sauf en cas de méningite purulente
ou tuberculeuse).
2. Cytologiques
-
Les cellules peuvent être identifiées sur
frottis après centrifugation et coloration au May-Grünwald-Giemsa.
Les polynucléaires altérés correspondent à
une méningite purulente.
Les lymphocytes peuvent se voir dans d'autres inflammations
des méninges (virus, tuberculose, trypanosomose).
Des plasmocytes vacuolisés (cellules de Mott)
sont caractéristiques de la trypanosomose.
-
Les cellules peuvent être comptées à
la cellule de Nageotte (il faut compter le nombre des éléments
de 8 bandes verticales et diviser par 10). Normalement il y a moins de
6 éléments/mm3. Un liquide trouble correspond
toujours à un excès important d'éléments.
3. Bactériologiques et parasitologiques
Sur un liquide trouble, l'identification du germe
peut se faire sur la coloration de Gram.
-
Le méningocoque est un germe gram négatif,
en forme de cocci, donnant un aspect de grain de café.
-
Le pneumocoque est un germe gram positif qui se présente
en forme de cocci, donnant un aspect de flamme de bougie.
-
Haemophilus influenzas est un bacille gram négatif
en forme de bâtonnet.
Sur un liquide clair, si l'on craint une méningite
tuberculeuse, il faut rechercher le bacille de Koch (coloration de Ziehl);
si l'on craint une maladie du sommeil, il faut examiner à l'état
frais le culot de centrifugation du liquide, les trypanosomes se déplacent
sous le microscope.
Développement et Santé,
n° 157, février 2002